En passant du service des cuisines aux divers services hospitaliers chargés de s'occuper de la détresse mentale des patients, 200 salariés de Sainte-Anne sont touchés violemment par les harcèlements psychologiques depuis 2009. C'est un grave scandale humanitaire qui a lieu dans un endroit de vie et de soins hospitaliers où les salariés, qui ont pour mission de s'occuper de l'humain et de la protection des personnes faibles, sont traités comme des chiens par l'encadrement. Selon le syndicat de l'hôpital, c'est voulu et organisé pour faire régner la peur et la soumission.

Changement. « L'hôpital n'est plus un hôpital familial, très collectif. On est dans l'individualisme. On assiste à la mise en place de la compétitivité entre les acteurs de l'hôpital. Qu'ils soient dans une même équipe d'aides soignants, d'infirmiers ou d'agents de ménage, nous assistons à la séparation des grands corps de métier pour briser les collectifs», explique le syndicat FO. La qualité du travail a très vite changé dans Sainte-Anne. «Avant, on avait bien des distinctions de métier mais l'humain ressortait d'abord. On a aujourd'hui une scission entre d'un côté les médecins et les cadres contre les infirmiers, les aides soignants, les agents de bureau, les ouvriers, et à l'autre extrémité la direction. On parle très mal aux gens. Mais les victimes on peur de parler», continue le syndicat.

Harcèlement. « On est dans la souffrance organisée individuellement sur les acteurs pour détruire le peu de collectif qui reste. Depuis 2009, l'organisation de la destruction du cadre du travail devient très présente. Les syndicats sont obligés de voir la direction toutes les semaines». L'ambiance de travail à l'hôpital Sainte-Anne s'est si dégradée qu'elle touche directement les infirmiers et même des employés d'autres secteurs comme celui de la cuisine. «Comme pour les clebs, le chef des cuisines appelait les agents en les sifflant pour venir aux réunions. Il a déplacé 20 personnes des cuisines au service du linge et du nettoyage ». Le directeur n'a pas fait grand chose car c'est voulu. « Cela va avec l'effet de société, de l'individualisme et avec tout ce qui peut engendrer la concurrence des gens pour obtenir le meilleur de leur productivité. Une intersyndicale a été créée depuis 4 mois pour défendre les salariés » dit FO. La CGT confirme : «On est en plein dedans chez nous actuellement. On n'a pas mal de gens qui sont en arrêt maladie pour dépression pour harcèlement d'un cadre ou d'une équipe. On a réussi à mettre sur pied un groupe harcèlement avec notre intersyndicale. »

 Exemples. Le syndicat de Sainte-Anne veut faire comprendre que ces harcèlements psychologiques sont organisés « car nous avons reçu plus de 20 témoignages d'un service en expliquant qu'une cadre avait attaquée psychologiquement du personnel. Comme la direction ne fait rien, ne mute pas cette cadre et explique qu'il faut la laisser en paix car c'est elle la victime, on voit que la direction et l'encadrement joue avec le personnel». D'après le syndicat, les cadres doivent avoir des cours de gestions et de management pour infliger ces tortures morales et psychologiques. Les pressions psychologiques sont perverses. On joue avec les infirmiers. Par exemple, on ne donne pas de vacances. On ne répond pas aux questions du personnel. Dans de nombreux cas, les infirmiers sont tenus responsables du dysfonctionnement de l'hôpital. Comme l'hôpital embauche des intérimaires, la masse de travail reste à la charge de l'infirmier. « Une infirmière a fait des notes pour signaler ce qu'on appelle un signalement d'événements indésirables pour montrer un dysfonctionnement dans le travail. La cadre de proximité est allée trouver dans la cour l'infirmière pour parler des événements et de ses signalements et lui demander de la suivre. Mais l'infirmière va se retrouver dans le bureau du cadre supérieur ». Ici, le cadre supérieur a insulté l'infirmière : « Vous me faîtes chier. Vous me cassez les couilles. Vous n'êtes qu'une petite conne d'infirmière. » Le cadre supérieur interrogé par le syndicat a nié la version des faits de l'infirmière. « Les attaques sont essentiellement ciblées sur les jeunes salariés qui viennent d'avoir leur diplôme. Des jeunes qui n'ont pas de familles, malléables, qui acceptent les changements de planning. Au départ, on a le copinage par le tutoiement qui s'instaure puis l'infantilisation des gens en passant par l'organisation du chantage. C'est très pervers. Par exemple, dans un service, ils mettent en place l'emploi du carton jaune comme au foot pour un avertissement ». Dans un autre cas, un infirmier qui a derrière lui 40 ans de service est subitement attaqué dans la qualité de son travail. Des faux sont réalisés pour le casser moralement et pour le pousser à prendre sa retraite le plus rapidement possible. On lui reproche par exemple de parler aux patients, d'être trop humain dans sa prise en charge des patients, d'être trop à leur écoute, mais aussi d'entretenir une bonne entente avec ses collègues. L'hôpital Sainte-Anne, qui fut une grande famille où les jeunes diplômés y apprenaient la solidarité, est devenu aujourd'hui un lieu où on apprend à avoir peur et où on ne respecte plus le personnel soignant alors que celui-ci doit réconforter les patients. Dans cet hôpital pour fous, on se demande qui sont les véritables fous et on peut, au-delà de la vie des salariés, s'inquiéter de celle des malades. N
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