Jürgen Elsässer, vous êtes le seul journaliste en Allemagne qui donne une autre version sur le dossier NSU. Votre avis sur le développement du procès de ce groupuscule ?

Ce procès repose sur les 10 meurtres commis en Allemagne entre 2000 et 2007, où des immigrés turcs ont froidement été tués, ainsi qu'une policière. La justice et les médias mettent ces meurtres sur le dos des trois personnes de Zwickau, qui ont été actives dans le milieu néonazi. Notre rédaction met en doute cette affirmation. Selon nous, le trio a été tout au plus responsable d'un meurtre. Les meurtres sont plutôt le fait d'un réseau international de services secrets où l'on retrouve les services allemands, turcs et américains.

Turcs aussi ?

Oui, exactement, turcs aussi ! Nous avons obtenu des informations expliquant l'implication des services secrets turcs dans un à deux meurtres. Un protocole de surveillance d'un service secret américain, le DIA, montre que les services secrets turcs sont impliqués. On apprend qu'un certain Mevlut Kahr a participé au meurtre de la policière. Mevlut Kahr est un agent double qui a travaillé depuis 2001 pour les services secrets trucs, le MIT, et qui a également rendu des services à la CIA. C'est un personnage clef car il apparaît en 2006 et en 2007 lors d'une livraison d'armes à des groupuscules islamistes en Allemagne.

Comment êtes-vous arrivé à ces informations ?

Nous avons reçu une contribution d'un auteur qui doit rester anonyme. Ce dernier a des contacts avec les services de la police et des services spéciaux. De plus, j'avais déjà fait des recherches en 2006 sur Mevlut Kahr.

Avons-nous affaire à un complot ?

Actuellement, nous pouvons dire que les affirmations et accusations issues du procès à l'encontre du trio NSU ne correspondent pas à la véracité des faits. On nous présente le trio de néonazis comme le responsable de ces meurtres, ce qui est peu probable car ils sont relativement peu intelligents. Comment ont-ils fait pour ne pas avoir été inquiétés pendant 10 années ? Ce n'est pas possible. Ils ont vécu sous de fausses identités mais ils n'ont pas changé leur apparence. De plus, leurs passeports et pièces d'identité étaient de vrais faux documents. Sans l'aide d'un service officiel, il n'aurait pas été possible de les obtenir. Ils ont vécu comme si de rien n'était à Chemnitz et à Zwickau, cultivaient des relations avec leurs voisins et allaient au restaurant comme tout le monde. La police aurait dû les trouver, surtout qu'ils avaient lancé des avis de recherches depuis plusieurs années. C'est évident qu'ils avaient le soutien des services secrets.

Que voyez-vous dans ce procès ?

L'implication d'agents dans l'entourage de ce trio devient plus claire. Un soupçon est aussi présent. Beate Zschäpe aurait elle-même travaillé pour les services allemands de l'intérieur. Cette implication des services est aussi évoquée dans les médias allemands mais ces derniers n'évoquent que les services secrets allemands.

Pouvez-vous nous en dire plus ?

 L'ancien directeur des services secrets du Land de Thuringe, Helmut Roewer, a clairement dit dans un entretien pour notre magazine qu'il doute de la version officielle sur le NSU. « Jusqu'à aujourd'hui rien n'est prouvé »est sa réponse. Pour Helmut Roewer, la police a permis à Beate Zschäpe, Mundlos et Böhnhardt de vivre dans la clandestinité.
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